Nous avons 15 invités en ligne
L'editorial

LE VELORUTIONNAIRE - MEMOIRES DE GERMAIN COMBRISSON

Ancien Président de l'ASCE Cyclisme

 

Années 1990, 15 rue Remoiville : le siège de l’Association Sportive de Corbeil-Essonnes, section Cyclisme… La vitrine est éloquente. Elle déborde de coupes et de trophées qui vous mettent d’emblée en selle. Ici, vous pénétrez dans la demeure d’un club qui gagne, d’un club qui triomphe, d’un club qui excelle. Et c’est vrai : les « verts et blancs » décrochent des premières places comme on cueille des fleurs un dimanche de printemps. A la clef, une hégémonie sans partage, d’abord sur les épreuves locales, puis nationales et enfin de brillants résultats dans les épreuves internationales. Car le noyau phare de l’ASCE demeure atypique dans l’hexagone : le club a largement réussi à relever le challenge d’allier la pratique du sport de masse à celui du sport d’élite. L’équipe dirigeante n’a jamais caché sa volonté de développer l’école de cyclisme tout en s’occupant activement des meilleurs éléments dont Erika Salumae en sera l’illustration même, en remportant la Vitesse féminine aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992. Rien que cela ! Au guidon, un homme personnifie cette réussite : Germain Combrisson, véritable chef d’orchestre d’un club dont les coureurs de 1ère, 2ème, 3ème et 4ème catégories sont tirés par la locomotive des as qui file à toute vapeur, avec, dans ses roues, un peloton nourri par le même amour fou des couleurs vertes et blanches de la société. Ces milliers de victoires ont de quoi faire dérailler n’importe quelle machine, même la mieux entretenue, mais sûrement pas l’ASCE section Cyclisme…


C’est pour partager ces moments de vie que Germain a décidé, après maintes hésitations, de relater son parcours de dirigeant sportif hors du commun, rempli d’anecdotes et parsemé d’espoirs idéologiques, de satisfactions sportives et de déceptions humaines, avec une motivation poussée à l’extrême qui lui a valu d’être un Président honoré à de multiples reprises par la ville de Corbeil-Essonnes, le Conseil Général de l’Essonne, la Fédération Française de Cyclisme et le Ministère de la Jeunesse et des Sports. Un véritable mariage d’amour qui a duré quatre décennies : en prenant en main les renes d’un club cycliste en 1952 situé à la 235ème place nationale, le « Père Combrisson » était loin d’imaginer qu’un jour, « son enfant chéri », comme il le définissait si bien, monterait durant deux années de suite (1991 et 1992) sur la première marche du podium de la Coupe de France Mavic, récompensant les meilleurs clubs amateurs français…


Pour simprégner de telles émotions et comprendre cette fulgurante ascension, il faut tout d’abord se plonger corps et âme au coeur des valeurs humaines et morales de Germain. Notre Président faisait partie de ces dirigeants que les coureurs ont tôt fait d’élever au dessus des querelles partisanes en suivant une ligne de pensée honorable et digne. Il n’en était pas moins un homme à tenir un passé glorieux intimement lié à celui d’un club amateur de renommée internationale qui résonnait au son d’une belle ébauche et d’un avenir meilleur… Le tout teinté d’une petite note d’épanouissement personnel, chacun à son niveau et dans son rôle. Passion de loisir ou passion de compétition, qu’importe : la passion est un bien joli mot dont chacun s’émerveillait à en jouir quotidiennement.


L’amour du sport que choyait tant le « Père Combrisson », comme l’aimaient si bien l’appeler ses troupes, ne pouvait être que la résultante d’une volonté de développement de l’être et de l’esprit. La volonté était, à ses yeux, l’unique aiguille de la boussole mentale. Point n’est besoin d’effort excessif : cessons simplement de nous attarder sur les échecs, les difficultés, les lassitudes… Ainsi, la force de la volonté réside dans la continuité et non dans l’intensité d’un effort passager. Là est la différence entre la volonté et le courage.


Tout comme certains inventeurs préconisaient de joindre l’utile à l’agréable, Germain sefforçait de joindre les résultats à la morale ! Tout ceci constituant l’aboutissement d’une recherche personnelle qui menait le sportif à l’adage des philosophes grecs préconisant de développer « un esprit sain dans un corps sain ». « Même si l’autorité de Germain Combrisson me terrorisait quelque peu, plaisantait Roger Jonquet, un pur produit de la maison corbeil-essonnoise, eu égard aux lendemains de course loupée, quand le dirigeant cherchait à réaffermir l’esprit d’équipe par le biais d’une sévère… engueulade, c’étaient les copains qui venaient nous remonter le moral après coup ». Le « Père Combrisson » avait, en fin psychologue, atteint son but. Vous laurez compris : un homme aux exigences respectables, marqué par l’amour du maillot, le respect de l’adversaire et surtout le refus de succomber à des attitudes qui ne seraient pas fondamentalement humanistes, dans un système décadent qui nentretient pas lespoir de la jeunesse. Et pourquoi le cyclisme doit-il rester exemplaire plus que dautres sports ? Parce quil est dans limagerie populaire lune des dernières écoles dhéroïsme. La solution davenir semble plus que jamais être au retour des principes du passé, en faisant du club la matière de toute construction, tout particulièrement sagissant dun groupe professionnel.

 

Et pour refuser la facilité qui nest finalement que le reflet de la faiblesse humaine, notre dirigeant prônait la volonté physique et mentale du sportif en la cultivant quasi perpétuellement. Il ne se contentait pas seulement de travailler pour ses coureurs, mais également, et c’est peut-être le plus important, avec eux. En cette matière, il a été, avec d’autres, un précurseur essayant d’ouvrir au sport un âge nouveau qui malheureusement ne semble guère se prolonger aujourd’hui. Son arme ? Le travail, avec le sérieux et la rigueur. Ses ennemis ? Les tricheurs, les égoïstes, les prétentieux. Ses alliés ? L’amour, le partage, la sagesse. Son objet ? Le sport, dans sa sincérité, sa vérité et son exemplarité. Son but ? Le bonheur, l’épanouissement, les résultats, mais dans l’honnêteté, le respect et l’honneur. Et ce sont précisément ces valeurs morales et philosophiques que Germain Combrisson aura défendues durant ses quarante années dexercice, sans que la jalousie et les critiques de clubs rivaux ne latteignent véritablement.


Finalement, « les choses qui comptent s’écrivent simplement… », affirme Raymond Poulidor. Et c’est bien vrai : on apprend ainsi que l’ancienne génération a son Histoire à raconter et que c’est justement en la racontant que naît le désir d’en découvrir encore plus. On commence toujours par copier les gestes et les exploits que d’autres ont réalisés avant soit. C’est pour cette raison qu’il est bon de les connaître, et c’est également pour cette même raison que j’ai voulu retracer la vie et les faits d’armes de mon grand-père, aujourd'hui présentés à tous par le biais de ce site internet qui, je lespère, satisfera les appétits les plus gourmands des passionnés de cyclisme et des amateurs dHistoire. Il est assez démentiel de vouloir raconter la vie d’une personne que l’on a peu côtoyée. D’une certaine manière, je voudrais avoir vécu à ses côtés les réalités de la seconde guerre mondiale, les difficultés d’après guerre et les moments de joie intense procurés par le sport pour pouvoir vraiment comprendre et partager ce qu’il a vécu, enduré et subi... On se sent parfois coupable d’avoir une vie plus facile et plus confortable que les générations précédentes. Et on a très vite tendance à oublier la chance que l’on a d’être né dans un pays de stabilité, de progrès et de protection sociale : c’est pour cela qu’il est bon de conter l’histoire de ceux qui ont vécu des années d’enfer et de difficultés, pour mettre en perspective le présent. Et en plus, tout cela sous la forme de mémoires littéraires et vidéographiques ! Il y a tant de choses que je n’arriverai jamais à décrire, à expliquer, à visualiser, à interpréter ou bien même à imaginer. La réalité est bien trop complexe pour qu’une personne qui ne l’a pas directement vécue, la décrive précisément à la place dune autre. Mais finalement, le plus important n’est-il pas de rester fidèle aux faits et aux valeurs et de raconter les choses telles qu’elles viennent, cest-à-dire simplement, sans prétention ni fatuité ?

 

Pour ainsi dire, mieux connaître son passé permet de mieux préparer son avenir. Et qu’est ce qu’un homme sans avenir ? Sans passé, le présent a t-il un avenir ? Sagesse des anciens et combativité des jeunes : voilà un principe qu’il est bon d’inculquer ! L’ASCE section Cyclisme, sous l’impulsion de Germain, n’y a pas manqué. Car pour un jeune coureur, croire en sa bonne étoile signifie que le soir venu, quand il est temps de rêver, la tête sur loreiller, on fera mieux que de se bercer d’illusions… On parlera alors au Père Eternel et on s’endormira très tard, avec une casquette verte, un maillot à pois et le cœur en jaune. On dit que l’imagination et l’esprit sont sans limite. Puisse-t-il en être ainsi pour l’amour du sport…


« Un bilan est trop souvent notoirement positif » affirmait Victor Hugo. Pour conclure, forts de cette pensée du maître, nous éviterons donc de tomber dans le triomphalisme. Il s’agit en réalité de retracer simplement, comme Germain Combrisson les a vécus, les moments de gloire et de défaite, de joie et de déception, que le club a surmontés malgré la jalousie et la médiocrité dont certains usaient sans modération. Le sport est le royaume de la douleur, certes, mais aussi celui de la passion, de l’amitié, du partage, de la solidarité et de l’amour envers ses engagements... autrement dit, le témoignage d’une époque sentant la France dantan que l’on regrette aujourd’hui, celle du célèbre René Fallet, pour qui « ce nest pas le cheval qui est la plus belle conquête de lhomme, cest le vélo » !

 

Ecoutez donc avec Antoine Blondin le chant du boyau sur l’asphalte, car le bruit du peloton qui passe sur la route a quelque chose de magique. Il y a comme une odeur dhéroïsme dans ce sifflement… Alors mettez-vous en selle et vous comprendrez les véritables valeurs du cyclisme portées par Germain Combrisson.

 

 

Fabrice COMBRISSON

Petit-fils de Germain